• Jérusalem, paradoxe vivant 03/10/15

    Jérusalem, paradoxe vivant  03/10/15  Jérusalem, paradoxe vivant  03/10/15

    Neuf jours déjà ont passé et notre pèlerinage touche à sa fin… Une partie du groupe rejoint l’aéroport, d’autres partirons cet après-midi tandis que nous profiterons encore de Jérusalem jusqu’à demain matin avec Hortense et Lilly.

     

    Sous une voute de pierre, Jérusalem.

    Jérusalem, paradoxe vivant  03/10/15

    Passage sous une voute de pierre. Sur chaque côté un petit muret pavé des mêmes rectangles que le sol. Une grosse ampoule poussiéreuse au verre explosé, vestige d’un temps où il y eu de la lumière. Deux tables de bois et des chaises modernes de plastique vert criard. Un vendeur de limonade et de café ambulant. Sa carriole à deux roues peinte de rouge et de bleu. Les pieds en éventail, il baille.

    Passage entre deux mondes. A droite le souk. Clinquant aperçu d’un univers de couleurs, de saveurs, d’or et d’argent, de bijoux, de tapis, d’épices et d’encens. Microcosme grouillant dans les petites rues étroites et confinées. A gauche les pavés se poursuivent. La voute laisse place au bleu du ciel. Pente douce bordée de cafés, de parasols blancs d’un côté, d’un mur, de sapins, de fleurs rose et d’un gros barbelé enroulé autour d’une grille de l’autre. Tout au bout le clocher d’une église dans le ciel. Blanc éclatant tracé sur l’azur. Des notes qui s’envolent. Sous le ciel de Paris, Greensleves, un air classique. Ce vieil homme et sa guitare ralentissent le temps, offrant un peu de sérénité au passant à peine sorti du souk l’esprit encore embrumé par tant de poudres, parfum d’épices, vapeur d’encens, éclats de pigments. A peine passé la voute de pierre, tout s’apaise. Quelques notes s’échappent parfois d’une flûte de bois, en même temps que son vendeur sort du souk. Puis le calme revient.

    Alors sous cette voute on s’assoit un instant, ou plus longtemps. Un cantonnier au gilet jaune, son balai et sa pelle posés sur le côté. Puis un deuxième, une autre pelle, un autre ballet inactif. Une femme voilée qui boit son café, elle semble attendre quelque chose. Deux soldats casqués, armés. Un Kalachnikov face à moi. Un vrai, chargé. Pas un jouet. Un vendeur de pain ambulant, un touriste fatigué. Une bénédictine.

    Puis il y a ceux qui ne font que passer. Troupeau de pèlerins branchés sur FM, guidés par une fleur rose tenue en l’air par le chef des troupes. Un gamin dans une brouette poussé par son petit frère. Deux musulmans. Une petite blondinette aux yeux bleus et aux jolies bouclettes. Elle me sourit. Le clocher sonne 15h. Une famille juive en ce jour de Shabbat : l’homme avec son chapeau de fourrure et sa longue veste noire, tenant ses deux garçons coiffés de leur kippa par la main, la femme aux cheveux trop bien mis pour être le siens qui pousse la petite dernière. Un couple de routard. Le vendeur de pain, à nouveau. Un jeune garçon pantalon noir et chemise blanche, sa kipa sur la tête et une arme en bandoulière, comme on porterait un sac à main. Un franciscain et sa grande robe marron qui presse le pas. Au loin le minaret appelle à la prière, longue litanie qui s’élève et enveloppe la ville un instant durant. Deux touristes qui posent à côté des soldats. Un enfant qui ramène quelques pièces à sa maman, les bénéfices de sa vente de chewing gum aux touristes. Voilà ce que cette femme voilée qui buvait son café attendait. Une corne retenti depuis le fond du souk.

    Passage sous une voute de pierre. Transition entre deux mondes. Un entre deux où se croisent religions, cultures, statuts et personnalités. Un ambivalent mélange, criant paradoxe qui mêle paix, guerre, agitation, sérénité, tension. On est ici, on est partout, ailleurs. On prie, on fait la guerre. On vend du pain, de la limonade. On vit. On survit. On se tapit dans la terreur et l’angoisse. On fait du tourisme. On se laisse enchanter, dépayser, on ramène des souvenirs. On profite de façon insouciante. Demain nous repartirons.

    Passage sous une voute de pierre. Un monde. Un autre. Jérusalem.

     

    Attentats à Jérusalem

    Jérusalem, paradoxe vivant  03/10/15

    « A droite au prochain croisement, puis la rue d’après ». Penchées sur notre plan à la recherche du chemin pour rejoindre le restaurant que nous avons repéré sur le guide, nous ne remarquons pas la police qui vient de nous passer à côté en courant. Hortense nous presse, ne restons pas là. Lili voulait repasser à l’auberge avant d’aller manger. Je fais taire mon estomac qui proteste, ok. Allons-y.

    On s’éternise, je trépigne. Lorsque nous ressortons la nuit est tombée. Les étalages clinquants du souk ont laissé place à des portes closes, et le vide qui règne dans ces ruelles au plafond bas revêt ce soir une toute autre couleur. Des sirènes retentissent au loin, une patrouille d’hélicoptère ronronne au-dessus de nos têtes. Un margoulin retardataire tente alors en fermant le volet de sa boutique de nous vendre pour la sixième fois un collier tandis que nous traçons notre chemin. « Ne descendez pas cette rue, c’est fermé, un Musulman vient de tuer deux juifs. » L’étrange tension qui flottait dans l’air prend alors sens, et en même temps je ne réalise pas. Je préfère ne pas réaliser ce qui vient de se passer juste à l’endroit où nous prévoyions de nous rendre. Je préfère ne pas réaliser que cette nouvelle bien trop semblable à celles qui envahissent nos écrans de télé n’est pas qu’une simple information venue d’une autre réalité. Je préfère ne pas réaliser que la mort flotte à quelque pas de nous. Et surtout je ne réalise pas à quel point un tel évènement peut ici devenir l’étincelle qui met le feu aux poudres. Hortense nous presse. Rentrons. Nous voyant un peu perdues, un vendeur de Kebab en profite pour nous proposer un dernier sandwich avant de fermer sa boutique. Alors qu’il fait frire ses boulettes de pois chiches, nous assurant que ses falafels sont délicieux nous l’interrogeons. « Que s’est il passé ? » Le masque tombe, ses traits se tirent, la peur se lit sur son visage. Ses gestes deviennent saccadés, un peu maladroits. « People crazy » dans un mélange d’incompréhension, d’angoisse et de reddition, ses mots résonnent comme un appel au secours. Son regard s’accroche au notre comme à une bouée de survie. Tout aussi impuissantes que lui, nous prenons nos sandwichs, le remercions et rentrons.

    Notre dernière soirée à Jérusalem que nous avions imaginée festive, autour d’un bon repas local se termine par terre sur le toit de notre auberge. Réfugiées contre un mur nous avalons de travers notre repas. Il parait que des frères Franciscains de la communauté où nous sommes logés sont restés coincé à l’extérieur de la vielle ville, ils devront trouver un endroit ou passer la nuit. Les entrées sont barricadées, les rues fermées, les hélicoptères patrouillent, les sirènes retentissent, la tension environnante prend corps, infiltre nos cellules. Je prends conscience petit à petit de ce qui se passe sans vraiment pouvoir mettre des mots sur ce que je ressens. Pas envie de parler, plus envie de manger, ni même de penser.

    Comment est-ce que l’homme peut-il devenir l’auteur de telles atrocités. Au nom de quoi, de qui ? Israël, Terre trois fois sainte. Berceau des religions, carrefour ou se mêlent rites et convictions, ne devrait-on pas ici trouver ouverture, partage et harmonie ? A la place, on s’affronte, on se bat pour des questions d’appartenance et de croyances. Au fond on se bat sans plus vraiment savoir pourquoi, mais on se bat. La terreur se tapi au coin des rues, au fond des cœurs dans l’attente d’une nouvelle étincelle qui viendra mettre le feu aux poudres. Impuissants, des milliers d’innocents qui aimeraient simplement vivre se retrouvent esclaves, victimes d’une guerre qui dure depuis des générations. Touristes que nous sommes, nous allons quitter cette réalité, retrouver notre petit confort et pourtant la tension nous envahit. Une tension qui ne ressemble à rien de connu, un sentiment indescriptible tant qu’on en l’a jamais vécu. Le spectre de la mort, l’incompréhension, la vulnérabilité, la peur viennent bousculer nos repères. La nuit enveloppe Jérusalem, son cœur bouillonne. La mèche se consume. La poudre s’apprête à prendre feu.

    J’avale mon dernier morceau de pain, puis descends faire mon sac avant de me coucher. Les minutes s’étirent, impossible de trouver le sommeil. Les bruits de la rue s’infiltrent par les fenêtres comme des menaces. Une feuille morte qui râpe les pavés poussée par le vent, un chat qui miaule, l’incompréhensible conversation de deux personnes qui passent, des bruits de pas, une présence. Et au loin toujours ces sirènes, le ronflement des patrouilles d’hélico. Et les cris d’une émeute. Lili et Hortense partent à 5h, moi à 8h. Pourrons-nous sortir de la ville ? Est-ce que le taxi réservé viendra ? Pourrons prendre notre avion dans quelques heures ? L’incertitude vient se mêler à l’angoisse de ce qui pourrait s’abattre sur Jérusalem. Et pourtant il n’y a rien à faire si ce n’est partager pour quelques heures l’attente et la crainte qui font le quotidien de ces millier de personne, vivre de l’intérieur ce qu’on en saurait imaginer derrière son écran de télé. Et au cœur de la nuit, prier.

    Prier un Dieu qui soit au-dessus de tout, un Dieu capable de faire comprendre aux hommes que son nom et la façon dont on le loue importent peu, tant qu’on recherche l’amour. Prier pour qu’un jour cette terre devienne symbole de paix.

     

    Jérusalem, paradoxe vivant  03/10/15

    Le soleil se lève sur Jérusalem. Une brume enveloppe la ville en deuil comme pour panser ses plaie, un brouillard monte de son cœur comme provenant des cendres fumantes du champ de bataille qu'elle fut cette nuit.

    Un jour nouveau se lève. La vie continue. Dans l'affliction, la douleur, le ressentiment, la rancœur, l'angoisse, la terreur, l’indifférence ou la froideur. Le quotidien de milliers de personnes. Et avec trop de facilité, je vais rejoindre le mien.

    Après un dernier regard, je quitte la ville et rejoins l'aéroport sans encombres. A la suite d'un interrogatoire de routine de 15 minutes, on m'attribue la note de dangerosité de 5/6, me donnant droit à une fouille complète. On ouvre mon sandwich comme si j'avais pu y cacher de l'explosif, se ballade avec ma compote pour savoir si oui on non je peux la garder... et finalement me laisse passer.

    Tandis que l'avion décolle et que la ville disparait, la tension retombe et la richesse de ce pèlerinage m'apparait. Voyage géographique jusqu'au cœur du désert, voyage dans le temps, voyage aux racines de notre foi. Immergés dans le cœur même du paradoxe que représente ce pays, il nous a offert ses nombreux visages. Beau, insolite, déroutant, effrayant, révoltant, déconcertant... Et tellement insaisissable.

    Objet de tant d’adoration, de convoitise, de combats, d’inspiration, de poèmes, de tableaux, de tant de rêves. Nous n'avons eu que 10 jours pour te découvrir, essayer de te comprendre. Terre d’espérance, Terre de combat. Terre Sainte, Terre mutilée. Terre complexe, Terre des paradoxes, tu finis par nous faire douter. Fais tu vraiment partie de la réalité ?


  • Commentaires

    1
    Monique Leytens
    Lundi 18 Septembre 2017 à 17:26

    J'ai bcp aimé le compte-rendu de ce pèlerinage car je suis allée en Israel en mai de cette année-ci. Ce n'était pas un pèlerinage mais un voyage culturel incluant bien entendu les lieux saints. Personnellement ce qui m'a le plus émue c'est le mémorial des enfants juifs de la Shoah ainsi que l'érection  des murs comme à Bethleem ! Parmi les lieux saints c'est le jardin des oliviers et le lac de Tibériade qui m'ont le plus interpelée car je crois que ces endroits n'ont pas tellement changé. Je n'ai pas aimé la file et les bousculades pour accéder à la grotte  de la nativité ainsi qu'au tombeau du Christ. J'espère qu'à Jerusalem il y a au moins un endroit ŒCUMÉNIQUE où toutes les religions peuvent prier ensemble le MÊME DIEU! J'avoue être rentrée avec un sentiment de découragement ! Je crains qu'il n'y ait jamais la paix là. Cela m' a aussi fait réfléchir au bien vivre ensemble qui n'est pas évident !Dans mon immeuble il y a beaucoup de familles juives car je vis dans une métropole portuaire et je sais que probablement toutes ont perdu des membres de leur famille pendant la guerre! Ce que je ne comprends pas c'est  que ces Israéliens qui ont tant souffert pendant la guerre fassent à leur tour souffrir les Palestiniens!Encore merci de votre blog et je me réjouis de lire vos autres commentaires de voyages!

    Amitiés

    Monique

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